Le contexte

Evaluation des besoins financiers dans les aires protégées en Méditerranée.

Durant le Congrès Mondial des Parcs en 2003, la question du financement des aires protégées a été traitée en profondeur et l'UICN a ensuite organisé, dans cette lignée, en 2006 à Séville une conférence spécifique sur le financement durable des aires protégées.

L'UICN Med a ensuite publié un rapport intitulé "Sources de financements durables pour les aires protégées dans la région méditerranéenne"(2006), par Arturo López et Sira Jiménez dans lequel de nombreux éléments d'évaluation des besoins financiers des aires protégées en Méditerranée ont été donnés. Ces éléments ont été de nouveau présentés lors de la table ronde relative au sujet du financement des AMP de Méditerranée lors du Forum des AMP de Méditerranée d'Antalya en 2012.

Les besoins de financement pour la gestion des aires protégées dépendent des sites mais on estime à plus de 1000 euros par hectare et par an les moyens nécessaires pour gérer efficacement les parcs nationaux.  En revanche on estime à moins de 10 euros par hectare et par an les moyens requis pour les sites situés en haute mer.

Le budget opérationnel annuel des Aires Protégées en Méditerranée est couvert à hauteur de 30%, contre 48 % à échelle mondiale. De manière générale, on considère qu'un budget opérationnel annuel de 250 000 euros pour un site de moins de 2000 ha est un budget convenable.

Les disparités entre Etats membres et non membres de l'UE, bordant la Méditerranée, sont très marquées, puisque les non membres auraient besoin chaque année de 20 à 42 millions d'euros supplémentaires pour mieux gérer leurs sites.

Dans l'étude commanditée par MedPAN en 2012 et réalisée par Barry Spergel, Conservation Finance Alliance, une première tentative d'estimation des besoins financiers totaux pour les AMP de Méditerranée a été menée.

D'après cette étude on peut estimer qu'environ 7 à 12 millions €/an pourraient être nécessaires pour réduire l'écart des dépenses liées aux coûts récurrents de gestion des Aires Protégées  entre les pays méditerranéens européens et les pays méditerranéens non européens.

Situation financière des Aires Marines Protégées (AMP) de Méditerranée.

De nombreuses AMP en Méditerranée rencontrent encore des difficultés de fonctionnement, en particulier dans les pays non européens. Globalement, les AMP souffrent d'un manque important de ressources pour financer leurs coûts récurrents, dont les frais de personnel, d'équipement, de rechercher et de surveillance, de formation et de gestion.

Dans le cadre de l'étude réalisée par MedPAN et le CAR/ASP sur « Le Statut des AMP de Méditerranée en 2012 » :

Sur 80 AMP questionnées, seulement 40 AMP ont répondu à la question portant sur le financement. Deux AMP pourtant anciennes ont déclaré ne pas disposer de budget ni de gestion tandis que d'autres n'ont pas de budget directement attribué par les autorités ou le gouvernement mais bénéficient d'appuis extérieurs (projets de divers bailleurs par exemple).

  • Les budgets annuels de fonctionnement des AMP dans leur totalité varient de 0 à 6 345 000 euros
  • La médiane étant de 287 000 euros
  • Les budgets d'investissement varient de 0 à 974 440 euros
  • La médiane étant de 100 000 euros.

Les budgets de fonctionnement des AMP des pays de l'UE sont plus importants (annuellement en moyenne)

  • 682 845 € pour un pays de l'UE
  • 453 125 € pour un pays non UE

 

  • Il y a une corrélation positive forte entre le nombre de personnel permanent et le budget de fonctionnement, ce qui est logique.
  • Il y a peu de corrélation entre le budget de fonctionnement annuel moyen sur les 5 dernières années et la surface de l'AMP. De très petites AMP (moins de 5 km2) disposent de budgets élevés.

Concernant les sources de financement :

  • 89% des AMP sont essentiellement financées par des gouvernements. 
  • 12 AMP seulement affichent un financement issu des ONG et des bailleurs internationaux.
  • 36% des AMP, soit 29 sites, indiquent avoir une part d'autofinancement (dont Liban, Slovénie, Croatie, Turquie, Grèce, France, Italie, Espagne)
  • 8 AMP bénéficient de fonds du secteur privé (Croatie, France, Grèce, Espagne, Italie, Slovénie, Liban)

Plus de 70% d'AMP n'ont pas de plan d'affaires alors qu'ils facilitent la gestion en définissant clairement les objectifs à atteindre et les moyens nécessaires pour y arriver. 

  • 16 AMP ont un plan d'affaires
  • 6 AMP sont en train d'en élaborer un.

Si l'on regarde la répartition en fonction de l'appartenance à l'UE, 33% des AMP des pays hors UE disposent d'un plan d'affaires contre 20% d'AMP dans les pays de l'UE.

Cas particulier des sites Natura 2000 en Europe

Un rapport de 2011 de la Commission Européenne sur le financement de Natura 2000 estime à au moins 5,8 milliards par an le coût de la gestion du réseau en investissement en se basant sur une Europe à 27.  

Des travaux en cours suggèrent que les bénéfices engendrés par le réseau Natura 2000 sont de l'ordre de 200 à 300 milliards par an au minimum.

Le financement de Natura 2000 est intégré au financement de plusieurs secteurs. Des opportunités de financement existent pour les sites Natura 2000 dans chaque fond européen pertinent face à cette problématique environnementale. Dans la majorité des pays, c'est le budget pour l'agriculture qui est la source la plus importante d'argent pour le réseau.

L'utilisation de divers instruments européens ne suffit pas à combler entièrement ces besoins financiers. Si on additionnait les fonds relatifs à la nature et à la biodiversité sous la politique de cohésion, les paiements faits à Natura 2000 et 20% des fonds agro-environnementaux réunis sous la politique de développement rural qui sont censés être alloués à Natura 2000, cela ne couvrirait que 20% des besoins financiers du réseau.